Le bostryche japonais Xylosandrus germanus (espèce introduite) – Biologie et dégâts potentiels pour le bois rond entreposé en forêt, une comparaison avec Xyloterus lineatus et Hylecoetus dermestoides
En 1995, le bostryche japonais Xylosandrus germanus (Blandford) pullule pour la première fois dans le bois rond écorcé d’épicéa, Picea abies (L.) Karst, et de sapin, Abies alba Mill., du Plateau suisse et du Jura. Au cours de cette année, l’EMPA a enregistré environ 20'000 m3 de chablis de bois ronds et une perte de valeur estimée à un million de francs. Les insecticides utilisés pour combattre le bostryche liseré, Xyloterus lineatus (Ol.), et Hylecoetus dermestoides L., se sont révélés peu efficaces voire inefficaces contre X. germanus.
Dans le cadre d’un projet de recherche, on a observé de 1996 à 1998 l’activité des coléoptères durant l'essaimage et la période de pénétration dans le bois rond. Par la même occasion, on a testé l’efficacité des insecticides à base de pyréthroides, chlorpyrifos et fénitrothion autorisés en Suisse. Pour le bois rond et les sciages, on a étudié l’influence de la période d’abattage, de l’écorçage et du lieu d’entreposage sur l’intensité des attaques.

La densité de la population a de nouveau décru depuis 1995. Les températures moyennes inférieures à 0 °C, enregistrées au cours de l’hiver, ont probablement eu des conséquences négatives sur le développement de la population. L’essaimage a lieu entre la fin avril et début du mois d’août. Il peut être suivi à l’aide de pièges à éthanol. Entre la mi-mai et la mi-août, il est possible d’observer la pénétration des coléoptères dans le bois rond sur la base de sciure rejeté hors des galeries. Les insectes entament l’aubier sur une épaisseur de 2 à 33 mm (valeur médian: 12 mm). La dépréciation du bois qu’ils occasionnent affecte par conséquent une zone moins profonde que celle engendrée par X. lineatus (valeur médian: 28 mm) et H. dermestoides (valeur médian: 37 mm). La tolérance aux insecticides relativement élevée de cette espèce de bostryche ne relève probablement pas d’un phénomène de sélection génétique. Les meilleures mesures de prévention contre X. germanus consistent à évacuer à temps les grumes hors de la forêt (ou à abattre les arbres au fur et à mesure des besoins) et à favoriser le séchage rapide du bois rond. L’écorçage en forêt entraîne une réduction des attaques à la condition d’être effectué avant l’essaimage du bostryche liseré.

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Rejet de farine de creusage caractéristique de Xylosandrus germanus
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Galerie maternelle de Xylosandrus germanus


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Propagation

Le bostryche noir du Japon, issu d’Asie orientale, a fait sa première apparition dans la région de Bâle en 1984. Au cours de ces dernières années, il s'est plus largement répandu dans notre pays. Il faut donc s'attendre à voir bientôt cette espèce de bostryche élargir son aire d'extension sur tout le territoire suisse. En 1995, sa présence a été particulièrement remarquée dans de larges parts du Plateau ainsi qu’au nord du Jura. Entre 1996 et 1999, il ne s’est manifesté que sporadiquement. Mais une nouvelle pullulation notable s’annonce cette année.
Colonisateur des bois au sol, le bostryche noir du Japon s'attaque aussi bien aux résineux qu'aux feuillus, qu’ils soient écorcés ou non. Les traces qu'il laisse chez les premiers sont souvent peu typiques; il y creuse des galeries transversales noires en progressant le long des cernes à une profondeur de 0,8 à 2 cm.
Etant donné que ce coléoptère essaime à partir de mai, soit presque deux mois après le bostryche liseré (Trypodendron lineatum), ce n'est qu'au début de l'été que l’attaque du bostryche noir se remarque par la présence de petits bâtonnets de sciure sur le bois. Mais ces traces ne permettent toutefois pas de déterminer si une deuxième génération a réussi à se former au cours des étés précédents.

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Attaque du bostryche noir: petits bâtonnets de sciure



Résistance accrue aux produits de préservation du bois:

Il a été constaté à diverses reprises que les produits chimiques de préservation du bois utilisés en forêt n'ont pas un effet suffisant pour lutter contre le bostryche noir du Japon. En effet, cet insecte a de nouveau infesté non seulement les bois empilés qui avaient été soumis à un traitement au printemps mais aussi les grumes traitées ultérieurement.
Bien que le bostryche noir du Japon pénètre moins profondément dans le bois que le bostryche liseré ou le lymexylon dermeste et qu'il y cause nettement moins de dommages, son action ne manque pas d'inquiéter tant les forestiers et les marchands de bois que les scieurs.

En 1995 et 1996, le Laboratoire fédéral d'essai des matériaux EMPA de St Gall a analysé l'efficacité des produits de préservation du bois face au bostryche noir du Japon. Il a également étudié les risques de dommages que cet insecte peut réellement causer ainsi que la prévention à exercer pour les assortiments de bois d'œuvre (bois ronds avec ou sans écorce). Mais ces recherches ont dû être interrompues car l’insecte en question n’était pas assez répandu.
D’après les renseignements de Monsieur P. Manser, de l’EMPA, les produits chimiques autorisés en forêt n’exercent qu’un effet insuffisant, voire nul, sur les bois stockés. La cause de cet échec n’est toujours pas établie. Les produits contenant la matière active Chlorpyrifos sont encore les meilleurs, mais là encore, la protection qu’ils offrent n’est que partiellement garantie. En tout état de cause, un tel traitement ne saurait être effectué avant le début de mai; il succède souvent un traitement antérieur.

En règle générale, les bois d’œuvre empilés ne devraient plus être traités chimiquement contre le bostryche noir en été car à cette époque, le coléoptère se trouve déjà à l’intérieur de ses galeries de nutrition et les produits de préservation ne peuvent pénétrer aussi loin. Par ailleurs, le risque d’une nouvelle attaque se limite à quelques cas isolés.

Service phytosanitaire d'observation et d'information SPOI
FNP, 8903 Birmensdorf
Juin 2000