LE VERNIS AU TAMPON

Le vernis au tampon est une opération qui permet d'appliquer sur le bois finement préparé une pellicule de vernis mince et transparente ayant le poli d'une glace.

Cette finition, qui mets le bois merveilleusement en valeur, fait apparaître par contre les moindres défauts. Il est donc nécessaire de boucher toutes les imperfections à la gomme-laque ou à la cire dure.

 

PRÉPARATION DU VERNIS

La recette la plus simple de vernis consiste à diluer environ 175 g de gomme-laque en paillettes dans un peu moins de 1 l d'alcool. Il vaut mieux préparer un vernis légèrement épais : il est toujours possible, lorsqu'on remplit le tampon, d'y ajouter un peu d'alcool en malaxant bien la laine qui le reçoit avant de se mettre à vernir.

Mettez les paillettes dans une bouteille d'un litre, remplissez d'alcool, bouchez et couchez la bouteille : les paillettes se déposent en bas. Retournez la bouteille de temps en temps d'un demi-tour jusqu'à dissolution complète.

Après dissolution, redressez la bouteille. Après quelques jours, le vernis se séparera en deux zones : une zone opaque en bas et une zone claire dans la partie supérieure. Mettez en réserve un peu de ce vernis clair et sans impuretés que l'on appelle le vernis filtré. Il vous permettra de faire des retouches dans les parties difficiles à atteindre. Vous l'appliquerez avec un petit coton au bout d'une allumette, un coton-tige ou un pinceau, puis vous l'égaliserez avec le tampon.

Quant à la bouteille de vernis, vous changerez son bouchon contre un autre, entaillé en V pour former un bec verseur. Pour vernir, il est indispensable d'être dans une pièce exempte de poussières et de courants d'air. La température de cette pièce devra être de 18' environ. Au-dessus, l'alcool s'évapore trop vite. Au-dessous, il ne s'évapore pas assez rapidement. Si la surface que vous vernissez est petite, vernissez plusieurs pièces à la fois afin que l'alcool ait le temps de s'évaporer ou utilisez un tampon beaucoup plus petit.

 

COMMENT FAIRE UN TAMPON ?

Tampon.gif, 6ko

1) Manière d'enfermer le tampon de laine dans le carré de toile

2) La ponce est enfermée dans un carré de toile

3) Tenir le tampon en créant "une pointe"






Neuf livres sur dix vous diront : " Fabriquez un tampon de la grosseur d'un œuf", Or, si cette forme de tampon sphérique peut être valable pour le vernissage de meubles neufs avant le montage, ou de meubles anciens à surface unie sans saillies ni carrés, c'est une forme tout à fait inadaptée au vernissage des meubles anciens. Un objet cylindrique que l'on utilise en tournant ne peut en aucune manière pénétrer dans un angle creux. Un tampon rond laissera mats tous les angles d'un panneau encadré.

Utilisez un morceau de laine tricotée, de préférence non teintée ou ne risquant pas de déteindre une fois imbibée d'alcool. Retirez les ourlets et les boutons éventuels et confectionnez un tampon allongé qui se prolongera sous votre index. N'utilisez pas de mèche à vernir dans votre tampon, elle n'aura jamais la souplesse que possède un tricot. De temps en temps, avant de recharger le tampon en vernis, prenez la précaution de le défaire et étirez-le afin de défeutrer ses fibres. Lorsque ce tricot de laine, au bout d'un certain temps d'utilisation, aura perdu son élasticité, changez-le.

Enveloppez ce tricot d'un morceau de toile usagée, de préférence en lin ou métis (lin et coton) et tissé assez lâche. Evitez le coton qui risquerait de laisser des peluches. Elles s'accrocheraient au vernis, et vous seriez alors obligé de le décaper. Pour éviter cet inconvénient, on peut employer d'abord ce tissu au remplissage. Le peu de vernis utilisé encollera les peluches et diminuera le risque de dépôt sur le panneau. Enveloppez ce tampon de laine dans la toile, et rentrez dans votre main les bords du tissu restant. Il ne doit pas y avoir un seul fil hors de votre main. Veillez aussi à ce que la toile soit bien tendue et qu'elle ne fasse pas de plis dans la partie qui sera en contact avec le bois. Tapez le tampon à plat sur votre main pour lui donner sa forme inférieure et manipulez la pointe de façon qu'elle forme, sous l'extrémité de votre index, une prolongation de celui-ci.

Prenez l'habitude de ne travailler qu'avec un tampon de cette forme. L'utilisation de la pointe faite sur le tampon sera excessivement importante en restauration lorsqu'il se présentera des saillies ou des carrés. Vous pourrez alors atteindre des endroits qui seraient inaccessibles avec un tampon rond. Ce premier tampon, qui sert aux opérations de remplissage à la ponce et de vernissage proprement dit, sera toujours conservé dans une boîte hermétiquement close afin d'éviter l'évaporation de l'alcool et de lui garder sa souplesse. Si le tampon restait à l'air libre, sa toile imbibée de vernis durcirait rapidement. Aussi, dès que l'on arrête de tourner le tampon, ne serait-ce que le temps d'allumer une cigarette, le tampon doit-il être remis dans sa boîte. Celle-ci peut être en zinc, en tôle émaillée, un bocal en verre, etc. (ne pas utiliser de boîtes en fer : elles s'oxydent et rouillent le tampon).

 

PRINCIPES D'APPLICATION DU VERNIS AU TAMPON SUR LES MEUBLES ANCIENS

Halte !... Ne passez jamais d'huile sur un bois ancien ! On ne traite pas la peau du visage d'une jolie fille... comme on soigne la peau des pieds d'un marcheur !

La couleur dorée des bois anciens se trouve complètement dénaturée lorsque ceux-ci ont été passés à l'huile.

Je sais que dans certains articles de vulgarisation cette recette est valorisée, mais regardez vous-même dans les expositions : il arrive encore que des antiquaires présentent des meubles qui ont été huilés par des ébénistes insuffisamment formés. La couleur des bois est violente, contrastée... Elle a perdu cette douceur qui est une caresse pour les yeux !

 

LE REMPLISSAGE À LA PONCE

Pour plus de maniabilité, la ponce en poudre qui sert à remplir les pores du bois est mise en tas au milieu d'un carré de grosse toile d'environ 15 x 15 cm. Les bords de ce carré sont relevés et la ponce se trouve prise comme dans un sac. Letissu est ligaturé juste au-dessus de la ponce. Pour utiliser cette ponce, on frappe le sac sur le bois, à plusieurs endroits du panneau à vernir, La quantité de ponce qui sort en une frappe est suffisante pour un panneau d'environ 40 x 30 cm.

Commencez par charger le tampon d'alcool : pour cela, ouvrez la toile avec la main qui ne glisse pas le tampon et, sans lâcher celui-ci, remplissez la laine d'alcool, sans excès (opérez de la même manière pour mettre le vernis). Parsemez le panneau de poudre de ponce : tournez le tampon rempli d'alcool sur la surface du panneau. L'alcool sert de véhicule à la ponce qui pénètre, avec la poudre du bois qu'elle use, dans chaque pore. Il est donc nécessaire de bien passer partout. Allez fréquemment dans les angles et souvenez-vous de deux proverbes d'atelier : " Les coins ne s'approchent pas " et " Le milieu en prend toujours assez . Ces proverbes mettent bien l'accent sur la tendance du débutant à tourner de préférence au centre du panneau...

Lorsque vous vernissez les bords et les angles, le tampon doit dépasser l'extérieur du panneau. Le remplissage doit se faire avec énergie. Il faut appuyer le tampon pour bien travailler la ponce et la faire pénétrer dans les pores. Lorsque vous arriverez en fin de tamponnée, il faut taper fortement le tampon sur le bois afin d'en exprimer l'alcool qu'il contient encore, puis tourner en appuyant bien des deux mains.

Si le tampon est vraiment sec, rechargez-le en alcool. Si la toile est usée, glissez-la de quelques centimètres pour avoir une toile non déchirée sous le tampon et reformez-le bien. Remettez, si nécessaire, un peu de ponce sur le panneau. Continuez à travailler cette ponce. Il ne doit pas en rester en surface. Si les pores sont encore en creux, recommencez l'opération.

Grattez régulièrement, avec l'ongle ou un papier abrasif fin, les amas de ponce qui se déposent sur les bords du panneau et dans les angles creux.

Lorsque les pores semblent remplis, continuez à travailler pour éliminer de la surface toute trace de ponce. Celle-ci, au bout de plusieurs mois, pourrait réapparaître sous forme de traces blanches sous le vernis.

Ajoutez au tampon d'alcool quelques gouttes de vernis et continuez à travailler le panneau jusqu'à ce que le tampon soit bien sec. N'ajoutez pas davantage de vernis. Mettez le panneau à l'abri. Plus on laisse tirer avant de " recharger ", meilleure est la qualité du travail (on peut laisser tirer 15 jours).

 

VOUS POUVEZ MAINTENANT RECHARGER

À ce moment, reprenez le panneau.

Regardez-le à contre-jour et en éclairage rasant : tous les pores ont creusé. Refixez le panneau sur l'établi.

Remettez une pincée de ponce sur le panneau et retravaillez à l'alcool comme au remplissage. Chaque fois que vous rechargerez le tampon, mettez un peu plus de vernis et moins d'alcool jusqu'à ne travailler qu'avec du vernis pur. Séchez toujours le tampon à fond avant de le recharger en vernis.

Très vite, le tampon accrochera, collera au vernis déjà déposé. Mettez sous le tampon, du bout du doigt, une ou deux gouttes d'huile de vaseline et continuez à vernir. Promenez le tampon huilé très rapidement et légèrement d'une extrémité à l'autre du panneau pour que l'huile soit régulièrement répartie.

Lorsque vous vernirez, vous pourrez faire la remarque sui- vante : alors que toute la toile qui enveloppe le tampon semble sale (elle est en réalité imbibée de gomme-laque), la partie qui glisse sur le panneau est, elle, parfaitement propre. Elle se nettoie d'elle-même lorsque l'alcool du vernis passe. S'il en était autrement, cela signifierait que la gomme-laque est mal déposée : ce serait davantage du vernis au pinceau que du vernis au tampon... Lorsque le vernis " marche ", on voit apparaître derrière le tampon un " nuage " qui le suit comme un sillage et qui disparaît instantanément. C'est une preuve du bon comportement du vernissage : le vernis " marche bien ".

Cependant, si les nuages étaient trop grands, trop gros, ils seraient l'indice d'un excès d'huile, à éviter absolument.

Continuez cette opération jusqu'à ce que le bois soit bien recouvert et que le travail soit satisfaisant. Finissez alors le rempli en allongeant le tampon, dans le sens du fil du bois, en dessinant de grands huit allongés. Avant cet instant, et depuis le début du vernissage, vous n'avez pas dû promener votre tampon autrement qu'en faisant des ronds. Séchez bien à fond la dernière tamponnée en ajoutant quelques gouttes d'alcool dans le tampon, en malaxant bien ce mélange et en le travaillant jusqu'à ce qu'il ne dépose plus rien sur le panneau. Lorsqu'un tampon de vernis semble sec, on ne le frappe pas sur le bois comme lors du remplissage, ce qui abîmerait le vernis déposé : on le frappe sur sa main pour en extraire les dernières effluves et les travailler sur le panneau.

A ce stade, laissez reposer et tirer à l'abri de la poussière.

 

L'ÉCLAIRCISSAGE PERMET DE TERMINER LE VERNISSAGE

Avant de passer à cette opération, il est utile de reprendre, en une ou deux tamponnées, le vernis que l'on a laissé reposer. En continuant de le travailler et pour bien sécher le tampon, on allège le vernis avec quelques gouttes d'alcool. Ensuite on passe à l'éclaircissage proprement dit.

Confectionnez un nouveau tampon dans lequel la laine sera si possible remplacée par de la flanelle et entourée d'une toile, comme le premier tampon, mais de texture plus fine. Ce tampon devra toujours être sec en dehors de son emploi et pour cette raison il ne sera pas enfermé dans une boîte (certains vernisseurs le mettent dans leur poche !).

Il s'agit avec ce tampon de retirer toute l'huile qui a servi pendant le vernissage et qui reste sur le panneau. Cette opération est très délicate et demande d'avoir la main légère. Le tampon n'étant imbibé que d'alcool pur, le risque de brûler, autrement dit de dissoudre le vernis, est grand. Il vous faudrait alors retravailler ce vernis à l'huile et reprendre les opérations d'éclaircissage.

Une fois la flanelle mouillée d'alcool, entourez-la de tissu et appuyez le tampon sur le dos de votre main. Si l'alcool mouille la main, doublez l'épaisseur du tissu, puis, rapidement, effleurez la surface du panneau, sans tourner, mais en faisant de grands huit.

Lorsque le tampon est moins humide, changez la toile de place (car elle a absorbé une partie de l'huile ayant servi à vernir) et continuez jusqu'à ce que le tampon soit bien séché. N'appuyez pas : il ne faut pas que l'alcool suinte, seules des vapeurs doivent sortir du tampon.

Certains vernisseurs utilisent lors de l'éclaircissage quelques gouttes de Nickoclair ou de " popote " : cela facilite le travail et peut éviter de brûler. En fin d'éclaircissage, lorsque toute l'huile est dissoute et absorbée, on peut, pour durcir le vernis, passer une légère tamponnée d'alcool dans lequel on aura dissout 4 %de benjoin.

VOICI MAINTENANT QUELQUES CONSEILS

Si des petits défauts mal bouchés apparaissent entre le rem- plissage et la charge, dégagez-les de la ponce qu'ils contiennent et bouchez les avec une cire dure, teintée à la couleur correspondante (cire-terre-résine) ; la résine apporte de la dureté à la cire et évite que celle-ci ne creuse sous le tampon, Le vernis ne prend pas sur la cire de bouchage si le panneau à vernir a été passé à l'huile. Isolez donc cette cire par une légère touche de vernis avec un pinceau fin. Laissez sécher et reprenez votre vernis.

La méthode de vernis au tampon ci-dessusestla plussimple, du point de la technique et du produit. Servez vous en général d'alcool à vernir à 95'. Pour éclaircir, utilisez de l'alcool déshydraté à 99'. Mais il existe des quantités de formules de vernis dans les ouvrages spécialisés.

Dites-vous que toutes ces recettes que vous pourrez trouver, de vernis comme de teinte, sont l'affaire d'expériences personnelles, de tradition et parfois aussi de manies. Essayez de trouver une méthode qui vous convienne et évitez d'en changer. En l'utilisant vous la connaîtrez de mieux en mieux, vous y apporterez des améliorations et ferez un travail parfait.

Malgré tout ce que l'on peut lire dans les ouvrages ou les revues de bricolage et dans certaines publicités, on ne s'improvise pas vernisseur au tampon. Les ébénistes savent bien qu'il faut de longs mois de pratique et d'expérience pour réussir un vernis au tampon qui n'en ait pas que le nom.

L'étude de cette technique doit être épaulée par un travail concret, près d'un vernisseur, un vrai, qui verra avant vous que votre vernis va corder ou... qu'il va se produire un incident que vous ne pouvez pas vous-même prévoir.

Nous n'avons voulu, et pu, donner ici que des indications pour les débutants qui n'ont qu'une idée approximative de ce travail. Pour vernir les angles, les petits carrés, les angles des moulures, utilisez le coton et l'allumette avec du vernis filtré. Pour dépolir le vernis et le vieillir, essuyez le panneau verni avec une brosse fine imbibée d'essence de térébenthine. Ou brossez-le à sec avec de la poudre de ponce " soie " ou du tri- poli, passé avec une patte de lapin !

Pour retirer le vernis frais sur les incrustations de laiton, saupoudrez le panneau de charbon de bois pulvérisé et essuyez avec une patte de lapin ou une brosse très douce. Le vernis ne partira que sur les filets ou la marqueterie de métal.